
Sommaire
À retenir
- Depuis le 5 juillet 2026, les collèges ne sont plus tenus d'organiser le français et les mathématiques de 6e et de 5e en groupes de besoin : l'article qui les imposait a été abrogé.
- Le décret n° 2026-172 du 10 mars 2026 prévoit en revanche qu'un accompagnement pédagogique renforcé est mis en œuvre en 6e et en 5e dans ces deux disciplines, sous une forme choisie par l'établissement.
- Une heure supplémentaire de soutien ou d'approfondissement en français ou en mathématiques peut être proposée aux élèves de 6e dont les besoins ont été identifiés.
- Eduscol recommande de constituer les groupes sur des compétences précises, de les recomposer en cours d'année et d'éviter la moyenne générale comme critère déterminant.
À la rentrée 2024, les collèges ont dû répartir les élèves de 6e et de 5e en groupes pour le français et les mathématiques. Deux rentrées plus tard, l’obligation a disparu. Elle n’a pas été remplacée par rien : depuis le 5 juillet 2026, le code de l’éducation prévoit en 6e et en 5e un accompagnement pédagogique renforcé dans ces deux disciplines, dont la forme est laissée à chaque établissement.
Pour une équipe de collège, la question change de nature. Il ne s’agit plus d’appliquer un dispositif imposé, mais de décider quoi faire de ces heures, s’il faut garder des groupes, et sur quels critères y placer les élèves. Voici ce que disent les textes et ce qu’ils laissent ouvert, puis une méthode pour constituer des groupes à partir des compétences réellement fragiles plutôt que du niveau général.
Deux ans de textes, en un tableau
Les textes se sont succédé vite, avec une annulation au milieu. La chronologie aide à comprendre pourquoi beaucoup de collègues ne savent plus très bien ce qui s’applique.
| Date | Texte ou événement | Ce qu’il change |
|---|---|---|
| Fin 2023 | Annonce des mesures dites du « choc des savoirs » | Des groupes en français et en mathématiques sont annoncés pour le collège |
| 15 mars 2024 | Arrêté modifiant l’organisation des enseignements au collège | Groupes en 6e et en 5e dès la rentrée 2024, extension prévue en 4e et en 3e à la rentrée 2025 |
| 28 novembre 2024 | Décision du Conseil d’État | Les dispositions sur les groupes sont annulées pour une question de forme : la mesure relevait d’un décret. L’annulation ne joue qu’à partir de la rentrée 2025 |
| 4 avril 2025 | Décret n° 2025-315 et arrêté du même jour | Groupes maintenus en 6e et en 5e seulement ; abandon pour la 4e et la 3e ; effectifs réduits pour les élèves les plus en difficulté |
| 16 juin 2025 | Rapport de l’inspection générale (IGÉSR) | Mise en œuvre très hétérogène, élèves aux besoins les plus forts sans bénéfice net ; cinq recommandations, dont plus d’autonomie laissée aux chefs d’établissement |
| 10 mars 2026 (Journal officiel du 12 mars) | Décret n° 2026-172 et arrêté du même jour | Fin de l’obligation de groupes ; accompagnement pédagogique renforcé en 6e et en 5e ; entrée en vigueur le 5 juillet 2026 |
Ce que disent exactement les textes de mars 2026
Deux textes sont parus au Journal officiel du 12 mars 2026. Le décret n° 2026-172 ajoute un alinéa à l’article D. 332-5 du code de l’éducation. En 6e et en 5e, pour prévenir notamment la difficulté scolaire, « un accompagnement pédagogique renforcé est mis en œuvre » en français et en mathématiques, adapté aux besoins des élèves.
La phrase suivante fixe la marge de manœuvre. Cet accompagnement peut donner lieu à des organisations pédagogiques diversifiées, notamment des groupes à effectifs réduits ou constitués en fonction des besoins identifiés par les professeurs, pour tout ou partie de l’horaire. Le mot « notamment » compte : les groupes sont une possibilité parmi d’autres, pas un passage obligé.
L’arrêté du même jour modifie l’arrêté du 19 mai 2015 sur l’organisation des enseignements au collège. Il abroge l’article 4-1, celui qui imposait les groupes, reprend la même formule sur les organisations diversifiées, et ajoute une possibilité nouvelle : une heure supplémentaire de soutien ou d’approfondissement en français ou en mathématiques peut être proposée aux élèves de 6e dont les besoins ont été identifiés. Dans le tableau des horaires de 6e, elle figure en note, « à l’initiative des établissements ».
On lit parfois que l’accompagnement renforcé est « facultatif ». Le décret dit autre chose : il est mis en œuvre, donc dû aux élèves de 6e et de 5e. Ce qui est facultatif, c’est sa forme, et en particulier le recours aux groupes. L’heure de soutien de 6e, elle, reste au choix de l’établissement.
Ce qui change concrètement pour les équipes
Le premier changement est d’organisation. Plus rien n’oblige à aligner les heures de français et de mathématiques de toutes les classes d’un niveau pour former des groupes sur l’ensemble de l’horaire. Une 6e peut retrouver son professeur de mathématiques en classe entière toute l’année, si l’équipe juge que c’est ce qui sert le mieux ses élèves.
Le deuxième tient au contenu. L’accompagnement renforcé n’est pas une étiquette à poser sur l’emploi du temps : le décret le veut adapté aux besoins des élèves. Une équipe a donc intérêt à pouvoir dire, pour une classe donnée, quels besoins ont été repérés et ce qui est fait pour y répondre. C’est le sens d’une des recommandations du rapport de l’inspection générale, qui proposait de redonner aux chefs d’établissement de l’autonomie dans les choix faits localement.
Le troisième concerne les moyens, et c’est là que les textes en disent le moins. Ils ouvrent l’heure de soutien en 6e sans dire d’où viennent les heures. Ce que chaque collège pourra faire dépend de sa dotation horaire, qui ne figure pas dans ces textes. Pour la rentrée 2027, mieux vaut en parler tôt en conseil pédagogique, avant que la répartition des heures soit arrêtée.
Ce qui reste possible
Entre les textes et la page d’Eduscol mise à jour en juillet 2026, plusieurs organisations restent ouvertes.
- Garder des groupes de besoin en français et en mathématiques, sur tout l’horaire ou sur une partie seulement. Chaque établissement détermine le nombre de groupes dont il a besoin.
- Réduire l’effectif des groupes qui accueillent les élèves ayant le plus besoin de progresser.
- Faire des groupes mobiles : Eduscol demande une composition flexible, réexaminée régulièrement au cours de l’année, et une attention aux changements de groupe, ce qui suppose des progressions communes et une évaluation des progrès.
- Garder la classe entière et différencier à l’intérieur, en ajoutant l’heure de soutien pour les élèves de 6e qui en ont besoin.
Eduscol fixe aussi deux garde-fous. Les groupes se constituent à partir de besoins identifiés sur des compétences précises, sans faire de la moyenne générale le critère déterminant. Ensuite, on ne réunit pas dans un même groupe des élèves dont les besoins sont de nature différente : élèves de SEGPA ou d’ULIS, élèves allophones, élèves en situation de pré-décrochage, élèves au comportement perturbateur. Pour s’appuyer sur autre chose qu’un ressenti, la page renvoie aux évaluations nationales et à une bibliothèque d’outils de positionnement pour la 6e et la 5e.
Constituer des groupes à partir des compétences fragiles
Un groupe formé sur la moyenne réunit des élèves qui ont des notes proches, pas des difficultés communes. Deux élèves à 8 de moyenne en mathématiques peuvent buter sur des choses sans rapport : l’un ne maîtrise pas les fractions, l’autre perd ses moyens dès qu’un problème demande deux étapes. Les mettre ensemble ne sert ni l’un ni l’autre. La méthode qui suit part de l’autre bout.
- Partir d’une évaluation qui isole les compétences. Les évaluations nationales de 6e, un outil de positionnement d’Eduscol ou votre premier devoir font l’affaire, à condition que chaque exercice porte sur une compétence identifiable. Un devoir qui mélange tout donne une note, pas un diagnostic.
- Lire compétence par compétence. Pour chacune, comptez les élèves qui échouent. Si c’est la moitié de la classe, le problème est collectif : il appelle une reprise en classe entière, pas un groupe. Si ce sont quatre à huit élèves, c’est un groupe.
- Une priorité par élève. Un élève fragile sur trois compétences ne les reprend pas toutes en même temps. Choisissez celle dont dépend la suite de la progression.
- Donner une durée au groupe. Quelques semaines, puis on réévalue la même compétence. L’élève qui a progressé rejoint un autre groupe ou la classe ; celui qui bloque toujours a peut-être besoin d’autre chose qu’une reprise.
- Séparer difficulté et besoin d’aménagement. Un élève à PAP peut avoir une compétence fragile sans lien avec son trouble. La compétence se retravaille ; l’aménagement se compense, par d’autres moyens. Quand la difficulté dure, le cadre adapté est plutôt un PPRE.
Exemple : une 6e en mathématiques
En mathématiques, Eduscol cite parmi les compétences à privilégier la connaissance des nombres, les automatismes et les bases de la résolution de problèmes. Prenons une 6e de 26 élèves, en octobre, après une évaluation de début d’année construite exercice par exercice sur ces compétences. Le tableau est un exemple, pas un relevé réel.
| Compétence évaluée | Élèves en difficulté | Réponse possible |
|---|---|---|
| Comparer et ranger des nombres décimaux | 13 | Reprise en classe entière : la moitié de la classe est concernée |
| Placer une fraction simple sur une droite graduée | 7 | Groupe restreint pendant quelques semaines, avec manipulation (bandes de papier, droites graduées) |
| Résoudre un problème à deux étapes | 9 | Groupe restreint centré sur la représentation du problème, par exemple le modèle en barres |
| Tables de multiplication automatisées | 5 | Entraînement court et régulier, en début de séance, plutôt qu’un groupe |
| Calculer le périmètre d’un polygone | 2 | Aide individuelle, sans groupe |
Deux choses ressortent. D’abord, un groupe constitué sur la moyenne aurait laissé de côté une partie des élèves concernés : dans cet exemple, un élève à 13 de moyenne fait partie des sept qui ne savent pas placer une fraction. Ensuite, certains élèves figurent dans deux lignes. Pour eux, on tranche : un seul groupe à la fois, celui de la compétence qui conditionne la suite. Eduscol propose d’ailleurs une séance de 6e sur l’usage d’un modèle en barres pour résoudre un problème, qui peut servir de point de départ au deuxième groupe.
Où Margou intervient
Dans cette méthode, le travail le plus long est le relevé : savoir, compétence par compétence, qui a réussi quoi. Dans Margou, il se construit à partir des évaluations que vous corrigez. Chaque critère de votre barème est rattaché à une compétence, et la carte des compétences de la classe (forfait Expert) affiche, pour chacune, les élèves au statut Fragile ou À besoins. Lire la carte par colonne revient à lire le tableau ci-dessus. L’article Constituer ses groupes d’AP à partir de la carte des compétences montre comment.
Une fois le groupe identifié, vous pouvez générer des exercices ciblés sur la compétence en question, de un à dix, chacun avec sa solution détaillée et deux indices, puis les relire et les assigner aux seuls élèves du groupe (Générer des exercices ciblés sur les lacunes). Rien n’indique aux élèves qu’ils font partie d’un groupe de besoin : ils voient un travail à faire. Après la reprise, une nouvelle évaluation montre si la compétence a bougé.
La décision de former un groupe, sa durée et ce qu’on y fait restent ceux de l’équipe. Margou dresse la liste et prépare les exercices ; la page Exercices présente le reste.
Questions fréquentes
Les groupes de besoin sont-ils encore obligatoires en 2026 ?
Non. L’arrêté du 10 mars 2026, entré en vigueur le 5 juillet 2026, abroge l’article qui imposait les groupes en français et en mathématiques en 6e et en 5e. Les établissements peuvent toujours en constituer, sur tout ou partie de l’horaire, mais ce n’est plus une obligation.
Qu'est-ce que l'accompagnement pédagogique renforcé ?
C’est le dispositif prévu par le décret n° 2026-172 en 6e et en 5e, en français et en mathématiques, pour prévenir la difficulté scolaire. Il est mis en œuvre dans tous les collèges, mais sa forme est libre : groupes à effectifs réduits, groupes constitués selon les besoins, ou d’autres organisations décidées par l’établissement.
L'accompagnement pédagogique renforcé est-il facultatif ?
Son principe ne l’est pas : le décret écrit qu’il « est mis en œuvre ». Ce qui est facultatif, ce sont ses modalités, et notamment les groupes. L’heure supplémentaire de soutien en 6e, elle, peut être proposée à l’initiative de l’établissement.
Peut-on encore faire des groupes de niveau ?
Les textes parlent de groupes constitués en fonction des besoins identifiés par les professeurs. Eduscol demande de partir de compétences précises et d’éviter la moyenne générale comme critère déterminant. Un groupe formé sur la seule moyenne s’éloigne donc de ce que recommandent les textes d’accompagnement.
Et en 4e et en 3e ?
Les groupes n’y ont jamais été généralisés : le décret d’avril 2025 les avait limités à la 6e et à la 5e. Les textes de mars 2026 ne créent pas d’accompagnement renforcé pour la 4e et la 3e.
Combien d'élèves dans un groupe de besoin ?
Les textes ne fixent pas d’effectif. Eduscol demande seulement de réduire l’effectif des groupes qui accueillent les élèves ayant le plus besoin de progresser, et laisse chaque établissement déterminer le nombre de groupes.
Sources
- Légifrance, décret n° 2026-172 du 10 mars 2026 relatif à l'organisation de la formation au collège
- Légifrance, arrêté du 10 mars 2026 modifiant l'arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements au collège
- Eduscol, Un accompagnement pédagogique renforcé en français et en mathématiques en 6e et en 5e (juillet 2026)
- IGÉSR, Mise en place des groupes de besoins en français et mathématiques, rapport n° 24-25 007 (publié le 16 juin 2025)
- Banque des Territoires, Au collège, les groupes de besoins sont remplacés par un accompagnement pédagogique renforcé (12 mars 2026)
- Banque des Territoires, Les groupes de besoins entérinés mais limités aux classes de sixième et cinquième (7 avril 2025)



