
Sommaire
- Aider à corriger, oui ; déléguer l'évaluation, non
- Dans un outil grand public, aucune donnée d'élève
- Avec un outil qui traite des copies : qui est responsable, qui prévenir
- Hors de l'Union européenne, entraînement des modèles : ce qu'il faut vérifier
- Six questions à poser à un outil avant d'y mettre une copie
- Exemple : les réponses de Margou.ia à ces six questions
- Questions fréquentes
À retenir
- Le cadre d'usage de l'IA en éducation (juin 2025) autorise un enseignant à se faire assister par une IA pour corriger, sous sa responsabilité et en vérifiant les résultats.
- La CNIL précise que l'enseignant ne doit pas déléguer son pouvoir d'évaluation : pas de note ni de travail supplémentaire décidés sur la seule base de la sortie d'un outil.
- Dans un outil d'IA grand public, le cadre d'usage n'autorise que des données qui peuvent être rendues publiques : une copie d'élève n'en fait pas partie, même sans nom.
- Quand un outil traite des données d'élèves, le responsable du traitement est l'institution, le chef d'établissement dans le second degré ; l'enseignant l'informe, les familles sont informées et la CNIL recommande d'associer le DPD.
- Le lieu de stockage des copies et le lieu de leur analyse par l'IA sont deux questions distinctes, à vérifier dans la liste des sous-traitants de l'éditeur.
Vous avez 32 copies de 4e à rendre jeudi, et un collègue vous montre comment il fait relire les siennes par un assistant d’IA. La question vient vite : a-t-on le droit ? Et si oui, avec quel outil, et à quelles conditions ?
Deux textes répondent, tous deux publiés en juin 2025. Le cadre d’usage de l’IA en éducation, publié par le ministère le 14 juin, fixe les règles pour les personnels. La CNIL, dans une série de questions-réponses destinée aux enseignants et datée du 20 juin, les traduit en termes de protection des données. Les deux disent la même chose sur l’essentiel, avec plus de précision qu’on ne le pense.
Aider à corriger, oui ; déléguer l’évaluation, non
Le cadre d’usage pose le principe. Pour ses tâches pédagogiques, y compris l’assistance à l’évaluation et à la correction, un enseignant peut utiliser des IA accessibles au grand public, sous sa responsabilité, à condition de vérifier et de croiser ce qu’elles produisent. Il ajoute une limite générale : l’IA peut assister l’expertise professionnelle des personnels, mais jamais la remplacer.
La CNIL précise ce que « remplacer » veut dire pour une copie. L’enseignant ne doit pas déléguer son pouvoir d’évaluation et de décision à un outil d’IA. Il ne peut pas évaluer, attribuer une note ou donner un travail supplémentaire à un élève en se fondant uniquement sur la sortie de l’outil. La raison donnée : ces outils ne sont pas toujours fiables, et ils ne sont pas conçus pour prendre des décisions qui peuvent peser sur le parcours d’un élève.
Le cadre ajoute une exigence de transparence. Une décision qui s’appuie sur l’IA et qui a un impact significatif sur l’évaluation des apprentissages doit faire l’objet d’une supervision humaine. Il rappelle que le règlement européen sur l’IA range parmi les usages à haut risque les systèmes destinés à évaluer les acquis d’apprentissage.
| Usage | Ce qu’en disent les textes |
|---|---|
| Faire proposer un barème à partir de votre sujet, puis le retoucher | Compatible : le sujet ne contient aucune donnée d’élève |
| Faire proposer une note et un commentaire, que vous relisez et modifiez avant de valider | Compatible, avec un outil adapté aux données d’élèves : vous restez l’évaluateur |
| Publier les notes proposées par l’outil sans les relire | Non : c’est une délégation de l’évaluation |
| Imposer un travail supplémentaire aux élèves que l’outil a classés en difficulté, sans vérification | Non : la CNIL cite le travail supplémentaire parmi les décisions à ne pas déléguer |
| Passer les copies dans un détecteur de texte généré par IA pour sanctionner | Non recommandé par le cadre, qui juge ces logiciels peu fiables |
Dans un outil grand public, aucune donnée d’élève
La règle est nette. Le cadre d’usage n’autorise les services d’IA grand public que si aucune donnée confidentielle ou à caractère personnel n’y est saisie. Il dit ce qu’on peut y mettre : des données qui peuvent être rendues publiques, comme les textes et programmes officiels, les ressources éducatives libres, des statistiques anonymisées ou des œuvres du domaine public. La raison est donnée dans le même texte : ces services ne garantissent pas que les données saisies ne seront pas réutilisées.
Une copie d’élève n’entre dans aucune de ces catégories, même sans nom en haut de la feuille. La CNIL rappelle que les données personnelles ne se limitent pas au nom et au prénom : toute information qui concerne une personne en fait partie. Une rédaction de 4e parle souvent de la famille, du quartier, d’un frère ; une remarque peut mentionner un PAP ou un trouble, ce qui touche à la santé. Le cadre demande aussi de renoncer aux IA grand public quand des contenus protégés par le droit d’auteur sont en jeu, et une copie reste le travail de son auteur.
Exemple
Ce que vous pouvez saisir dans un outil grand public : « Voici mon sujet de 4e sur la proportionnalité, en cinq exercices. Propose un barème sur 20, avec trois critères par exercice et les erreurs les plus probables. » Ou une copie que vous avez rédigée vous-même, en y glissant les erreurs typiques de vos élèves, pour juger la qualité d’une correction.
Ce que vous n’y saisissez pas : la photo d’une copie, même sans nom ; « Lucas, 4e B, a un PAP pour dyslexie, voici sa rédaction » ; un tableau de notes nominatif à commenter.
Le cadre fixe une règle de plus, côté élèves : aucun personnel ne doit leur demander d’utiliser un service d’IA grand public qui implique la création d’un compte personnel. Pour les usages possibles des assistants gratuits sans données d’élève, voir notre comparatif des outils d’IA gratuits pour les enseignants.
Avec un outil qui traite des copies : qui est responsable, qui prévenir
Dès qu’un outil reçoit des données d’élèves, que ce soit des copies, des noms ou des notes, la question change de nature. La CNIL tranche d’abord la question de la responsabilité : le responsable du traitement n’est pas l’enseignant, c’est l’institution. Dans le second degré, c’est le chef d’établissement.
Il en découle une démarche simple. L’enseignant qui veut utiliser un tel outil dans le cadre de sa liberté pédagogique en informe son chef d’établissement. Celui-ci apprécie si le projet est compatible avec le projet d’établissement et peut solliciter l’avis du conseil d’administration, voire du conseil pédagogique. Il s’assure ensuite, avec l’enseignant, que le traitement respecte le RGPD. Le cadre d’usage le formule à sa manière : l’usage de l’IA se fait avec l’accord du responsable de traitement.
La CNIL recommande fortement d’associer à la démarche le délégué à la protection des données (DPD) de l’académie. Le ministère publie les coordonnées des DPD académiques.
Les parents doivent-ils donner leur accord ? En principe non : l’usage pédagogique relève de la mission de l’établissement, et la CNIL estime que le consentement n’est pas nécessaire. Les élèves et leurs parents doivent en revanche être informés dès que des données les concernant passent par un système d’IA, et la CNIL conseille de rédiger cette information avec le DPD. Les familles peuvent s’opposer au traitement pour des raisons tenant à leur situation particulière ; le responsable de traitement peut refuser l’opposition si l’outil est indispensable aux actions pédagogiques en cours.
En pratique, avant la première pile de copies : un message au chef d’établissement qui nomme l’outil et l’usage prévu, le DPD en copie, et la notice d’information de l’éditeur prête à transmettre aux familles. La démarche tient en une demi-page.
Hors de l’Union européenne, entraînement des modèles : ce qu’il faut vérifier
Sur Neoprofs, en janvier 2026, un enseignant opposait à un outil de correction cet argument : déposer les copies dans une application reviendrait à nourrir les IA des géants du numérique. L’objection mérite une réponse précise, outil par outil, parce qu’elle recouvre deux questions distinctes.
La première est la réutilisation. La CNIL demande de vérifier que l’outil n’entraîne pas de traitements ultérieurs par l’éditeur : il ne doit pas réutiliser les données personnelles des élèves pour améliorer ses services, ni recourir à des traceurs publicitaires. Pour un outil de correction, cela suppose des engagements écrits : les copies ne servent qu’à votre correction, et le fournisseur du modèle d’IA s’engage par contrat à ne pas s’en servir pour entraîner ses modèles.
La seconde est la localisation. Un outil peut stocker ses données en Europe et faire analyser les copies par un modèle hébergé ailleurs. Les deux lieux se vérifient séparément, dans la liste des sous-traitants que l’éditeur doit pouvoir fournir. Un transfert hors de l’Union européenne n’est pas interdit par le RGPD, à condition d’être encadré, par exemple par les clauses contractuelles types de la Commission européenne. La CNIL cite toutefois les transferts internationaux illicites parmi les risques des outils en ligne, et rappelle que le ministère recommande de privilégier les ressources accessibles par le GAR, le Gestionnaire d’accès aux ressources, notamment parce qu’il limite les transferts hors de l’Union.
Un dernier point compte autant que le lieu : ce qui part vers le modèle. Un outil qui masque le nom de l’élève avant l’analyse (on parle de pseudonymisation) réduit le risque sans l’annuler, car un prénom écrit dans le corps d’une rédaction peut passer.
Six questions à poser à un outil avant d’y mettre une copie
- Où sont stockées les copies, et où sont-elles analysées ? Une réponse utile nomme les prestataires et leurs pays, pour le stockage comme pour l’analyse, et dit comment un éventuel transfert hors de l’Union est encadré.
- Le nom de l’élève part-il vers le modèle d’IA ? Cherchez la description du masquage, et ses limites.
- Les copies servent-elles à autre chose qu’à votre correction ? Publicité, revente, amélioration du service, entraînement des modèles : chaque point appelle une réponse écrite, y compris pour le fournisseur du modèle.
- Qui décide de la note ? Vous devez pouvoir modifier et valider chaque résultat avant que l’élève ou sa famille ne le voie.
- Combien de temps les données sont-elles conservées, et pouvez-vous les effacer ? Une durée par type de donnée, et un moyen d’exporter ou d’effacer les données d’un élève.
- Qui contacter, et que donner aux familles ? Un contact pour la protection des données, et de quoi rédiger l’information des parents.
Un outil qui ne répond pas par écrit à l’une de ces questions n’est pas forcément en infraction. Mais votre chef d’établissement et votre DPD vous poseront les mêmes, et mieux vaut avoir les réponses avant.
Exemple : les réponses de Margou.ia à ces six questions
Pour montrer à quoi ressemblent des réponses écrites, voici les nôtres, reprises de notre page Sécurité et RGPD, mise à jour en octobre 2026. Elles valent pour Margou.ia seulement : faites le même exercice avec tout autre outil.
| Question | Ce que dit la page Sécurité et RGPD |
|---|---|
| Stockage et analyse | Le site et l’application sont servis depuis Paris, chez Hostinger. La base de données et les copies sont hébergées à Francfort, chez Supabase, et les sauvegardes en Lituanie : ces données sont stockées dans l’Union européenne. L’analyse par IA est aujourd’hui réalisée par Anthropic, société américaine, hors de l’Union européenne. |
| Nom de l’élève | Lors d’une analyse, aucun nom ni identifiant d’élève n’est transmis au service d’analyse : l’en-tête des copies est masqué et les noms sont retirés des textes saisis. La page précise qu’un nom écrit ailleurs sur la copie peut échapper à ce masquage. |
| Autres usages | Deux finalités, exclusivement pédagogiques. Aucune donnée d’élève n’est utilisée à des fins publicitaires, ni vendue, ni cédée. |
| Décision | Aucune note ni aucun diagnostic n’est définitif sans validation explicite de l’enseignant ; le profil de l’élève n’est mis à jour qu’après cette validation, sauf pour les exercices en ligne corrigés instantanément, tant que l’enseignant laisse cette option activée. |
| Conservation et effacement | Données pédagogiques conservées tant que l’enseignant en a besoin, supprimées à sa demande depuis Paramètres, Confidentialité. Fichiers des copies mises à la corbeille retirés immédiatement du stockage, lignes résiduelles effacées au bout de 90 jours. Export de toutes les données d’un élève au format JSON (voir exporter ou effacer les données d’un élève). |
| Contact | contact@margouia.re pour la protection des données, et la possibilité de saisir la CNIL. |
Ce tableau dit aussi ce qui peut vous faire préférer un autre outil. Si votre établissement exige que l’analyse des copies ait lieu dans l’Union européenne, Margou.ia ne remplit pas ce critère aujourd’hui. Sur l’entraînement des modèles, Margou.ia s’engage à ce que les copies et les données des élèves n’y servent pas : c’est le type d’engagement à demander par écrit à n’importe quel éditeur, nous compris. Enfin, comme pour tout outil qui traite des données d’élèves, son usage passe par l’information de votre chef d’établissement et des familles.
La fiabilité de la correction elle-même est une autre question. Ce que montrent les essais d’enseignants est détaillé dans notre article l’IA peut-elle corriger une copie ?
Questions fréquentes
Puis-je coller une copie d'élève sans le nom dans ChatGPT ?
Le cadre d’usage n’autorise dans les outils grand public que des données qui peuvent être rendues publiques. Une copie d’élève n’en fait pas partie : son contenu peut permettre d’identifier l’élève, et c’est son travail. Pour tester un outil grand public, utilisez une copie que vous avez rédigée vous-même.
Faut-il l'accord des parents pour corriger avec une IA ?
En principe non, selon la CNIL : l’usage pédagogique relève de la mission de l’établissement. En revanche, les élèves et leurs parents doivent être informés dès que des données les concernant passent par un système d’IA, et ils peuvent s’opposer au traitement pour des raisons tenant à leur situation particulière.
Suis-je responsable si l'outil d'IA pose un problème de données ?
La CNIL répond que le responsable du traitement est l’institution, c’est-à-dire le chef d’établissement dans le second degré. C’est pour cette raison que l’enseignant doit l’informer avant d’utiliser un outil qui traite des données d’élèves : le choix se fait avec lui.
Une IA peut-elle mettre la note à ma place ?
Non. La CNIL indique que l’enseignant ne peut pas attribuer une note en se fondant uniquement sur la sortie d’un outil, et le cadre d’usage exige une supervision humaine pour toute décision qui pèse sur l’évaluation des apprentissages. L’outil propose, vous relisez, vous décidez.
Un outil qui héberge ses données en Europe est-il forcément conforme ?
Pas forcément. Le stockage peut être en Europe et l’analyse des copies confiée à un modèle hébergé ailleurs. Vérifiez les deux lieux dans la liste des sous-traitants, la façon dont un éventuel transfert hors de l’Union est encadré, et les engagements sur la réutilisation des données.
Sources
- Ministère de l'Éducation nationale, Publication du cadre d'usage de l'intelligence artificielle en éducation (juin 2025)
- CNIL, Enseignant : comment utiliser un système d'IA dans le cadre de vos missions ? (20 juin 2025)
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle, annexe III
- Neoprofs, fil « Examino, outil de correction (lycée lettres), avis »



